La 10ème Route du Rhum

La 10ème Route du Rhum

Photo Alexis Courcoux.
Photo Alexis Courcoux.

La 10ème Route du Rhum

Sortez la voilure moussaillon !

Ils sont 91 à prendre le départ. Le plus jeune a 19 ans et le plus âgé 75 ans, y participent également 4 femmes, des amateurs, des vieux loups de mer, des skippers de différentes nationalités, un ancien champion olympique de saut à la perche (Jean Galfione), un champion paralympique et triple champion du Monde de voile (Damien Seguin), tous unis autour d’un même idéal… c’est cela la magie de la route du Rhum.

Pour cette dixième édition de la mythique course, ils sont tous présents, afin de se lancer le même défi : rejoindre Pointe à Pitre, dans une compétition de titans. Tous les voiliers, multicoques, monocoques, des Ultimes aux représentants de la Classe 40, en passant par les Imoca et les Multi50 vont s’affronter dans une arène maritime.. A ces quatre classes, s’ajoutera la Catégorie Rhum qui réunira notamment les bateaux qui ont fait la légende et l’histoire de cette transatlantique en solitaire.

L’esprit d’origine

Lorsque Michel Etévenon crée en 1978 la première édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, l’idée est de faire pendant à l’OSTAR, la transat anglaise de référence organisée tous les quatre ans depuis 1960 fin mai, qui vient de limiter à 56 pieds la longueur à la flottaison des plus grands bateaux suite à l’édition de 1976 où Alain Colas s’était aligné avec Club Méditerranée, un monocoque de 72 mètres de long ! Et pour cette dixième édition, le final de 1978 devenu légendaire entre le petit trimaran jaune de Mike Birch et le grand monocoque de Michel Malinovsky pourrait se répéter ! En effet, Kriter V sera sur la ligne de départ aux mains de Benjamin Hardouin quand deux plans Walter Greene s’aligneront aussi devant les remparts malouins le 2 novembre 2014.

C’est la fête au village

Avant le départ du dimanche 2 novembre de la pointe du Grouin, la cité corsaire s’est colorée aux rythmes de la Guadeloupe. En effet depuis le 24 octobre, le village de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe s’est ouvert au son du zouk. 2 millions de visiteurs sont attendus pour, à la fois visiter les différents stands et aussi admirer les bateaux de la fabuleuse course. Amateurs ou curieux de tous âges, tous se pressent du petit matin jusqu’à tard dans la nuit dans le village du départ dans un esprit bon enfant. La journée est rythmée par les animations offertes par les partenaires de la courses mythiques. Mais ce qui fait le charme de ce village c’est aussi la rencontre avec les skippers et leur bateau. Le spectacle est tout autour des visiteurs.

Tiens bon la barre…

Des lignes affûtées, des designs très tendance, des spécialistes du gain de place… les skippers sont les rois de la déco spartiate ! Si leur bateau sont les “reines de beauté” des mers, leur cabine est loin de ressembler aux cabines des bateaux de croisières. C’est au cœur de cet événement, qu’homme déco a pu se rendre sur les bateaux et discuter avec les skippers sur leur vision de la décoration. En voile toute !

Jérémy_BeyouInterview de Jérémie Beyou

Skipper Maître Coq, Monoque, Classe Imoca

Vainqueur 3 fois de la course La Solitaire du Figaro, il est l’un des favoris dans sa catégorie pour cette 10ème édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Inscrit dans la classe Imoca, son bateau Maître Coq, monocoque dessiné par le cabinet VPLP / Verdier, est déjà un vieux routier de cette destination, puisqu’il l’a courue en 2010, et a obtenu de nombreuses places d’honneur sur différentes courses. Nous avons rencontré son skipper qui est également le mari de la cofondatrice de la marque Sailbag 727.

Présentez-nous votre bateau.
Ce monocoque mesure 18 m de long et 6 m de large. En tant normal, il serait en catégorie bateau de plaisance et posséderait plusieurs cabines, cuisine, salle de bain… Nous on n’utilise qu’une largeur de 5 m 50 sur 3 m de long ; ce qui fait 15 m² de surface habitable. Dans ce petit espace on doit essayer de tout caser : les batteries, les moteurs, le matériel, la table à carte… Faut centrer le poids car tout l’avant et l’arrière  du bateau est vide dans le but de l’alléger le plus possible et donc gagner de la vitesse. Alors forcément côté décoration c’est vide !

En terme de confort, qu’est-ce qui vous manque le plus ?
C’est sur qu’une bonne douche n’est pas de refus à l’arrivée d’une course ! Mais quand j’arrive chez moi, je n’ai qu’une envie me mettre dans mon canapé, les pieds sur la table et regarder la TV. C’est vraiment ça mon confort après une course et dont je prends plaisir, même si cela fait un peu cliché ! C’est le coin le plus confortable dès que j’arrive.

Est-ce que vous êtes le plus gros fournisseur de voiles de votre épouse ?
Exactement et je suis même obligé de planquer mes voiles ! Et pour elle c’est simple nous partageons le même hangar (1000 m²) séparé juste par un rideau. Donc quand on rentre d’une course, on stocke nos voiles mais nos voisins ont tendance à venir regarder ce qui traîne chez nous. Quand je suis rentré de la course du Figaro, elle est venue me demander mes voiles mais je lui ai dit que j’en avais besoin pour faire l’avant saison l’année prochaine. Mais bien sûr dès que j’en n’aurai plus besoin elle les aura. On consomme beaucoup de voile et forcément elles finissent toutes chez 727 ! C’est très bien comme ça car nous, au bout d’un moment, on a des problèmes de stockage aussi. Donc autant qu’elles soient récupérées.

On a vu sur certains bateaux des sacs de stockage qui étaient fiat sur mesure, Est-ce que c’est votre femme qui vous les fait ?
Et oui c’est elle qui les fait ! Il y a aussi les sacs qui emballent les bouées de sauvetage. Celles d’origine sont trop lourdes et, il faut le reconnaître, beaucoup moins élégantes. Du coup ils me les font sur mesure, en voile recyclée bien sûr mais qui sont plus légers. Finalement j’ai de la décoration sur mon bateau ! Mais cela a fait des émules et résultat ils en fournissent pour d’autres concurrents. Bon c’est pas un business mais c’est sympa pour nous, coureurs, d’avoir de belles pochettes.

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Pull en cachemire bleu marine et coudières en toile de spi de bateau recyclée, 249 €. www.727sailbags.com

Est-ce que cela vous ait déjà arrivé de donner des idées à votre femme par rapport à vos voiles ?
Je ne suis pas de très bon conseil…mais je l’aide sur la technicité et les provenances. Je l’aide aussi pour trouver des voiles sympa et je lui fournis les contacts. Du coup tous les copains sont solidaires du projet 727.

Est-ce qu’il y a des voiles “fétiches” que vous voulez absolument garder ?
Oui il y en a quelques unes que je planque car je ne veux pas qu’elle les découpe. Ce sont des souvenirs. Par contre ils font des trucs sympa comme le partenariat avec Eric Bompard. Ils ont fait des pulls en cachemire avec les coudières avec mes voiles. Ils ont utilisé le spi avec lequel j’ai gagné la course du Figaro en 2011. En compensation ils m’ont offert un pull ! J’ai donné mon spi et j’ai gagné un pull… mais c’est un très beau pull que je ne mets pas à n’importe quelle occasion, c’est le seul vêtement que je prends soin. Il y a un souvenir important pour moi.

SodeboVisite du bateau de Thomas Coville

Skipper Sodebo, Trimaran, Classe Ultime

Des dimensions de rêve 31 m du longueur, 21.20 m de largeur et 663 m² de voilure au portant, font de ce trimaran une belle bête de compétition ! Par contre côté cabine… là aucun fantasme. Très épuré tout le “confort” est attribué au matériel de navigation qui bénéficie de toute la place nécessaire. Pour le reste ce n’est qu’astuces et du fait sur mesure. Pour la petite histoire, c’est Carmen Bouchard, la gagnante de l’émission Cousu Main de M6, qui a conçu les sacs de rangement de la nourriture mais aussi les sacs pour les winches, pour les voiles… Les métrages de tissus et de bobines de fils que Carmen a déroulés et utilisés pour ranger, stocker et protéger l’ensemble dépassent tout bonnement l’imagination : 100 mètres de tissus divers, 450 mètres de sangles, plus de 10 kms de fil polyester résistant aux UV etc…

Si vous demandez à Thomas Coville sa notion de confort lorsqu’il arrive à terre, il vous répondra que sa cabine lui suffit ! Ce spécialiste des tours du monde et des grands records passe plus de temps en mer que sur terre.

 

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